Témoignage d’un sportif rempli d’énergie, de lucidité !

Laurent AIMON, Dirigeant du Groupe ADVISIA RH et Associé de WE CHANGE UP est allé à la Rencontre de Kevin BOUYER. 

33 ans, 1M96, Attaquant, un pur Numéro 9, un parcours semi-professionnel entre le Plessis Robinson, le FC Montrouge, l’AS Pierrot Vauban, le Paris FC, Chantilly, le FC Chambly, l’Equipe de France Universitaire, l’AC Boulogne-Billancourt…. pas de centre formation, une pratique du foot qui démarre à l’âge de 12 ans après le Judo et l’athlétisme…, une blessure qui arrive au mauvais moment, un transfert à l’étranger qui ne se fait pas, des études supérieures qui aident à rebondir le moment venu. Un parcours de vie atypique !

Loin des gros transferts qui animent le mercato, loin des salaires mirobolants, comment un Sportif de Haut Niveau traverse une carrière semi-professionnelle tout en préparant l’après ?

Laurent AIMON (LA) : « Kevin peux-tu te présenter, nous parler de ton parcours ? » 

Kevin BOUYER (KB) : « Ma mère, ancienne chanteuse africaine était basketteuse de haut niveau (Equipe nationale du Cameroun), mon père dans le Karaté, mon grand-père maternel international Camerounais au football. Le sport c’était chez moi une valeur importante, je suis né dedans. J’ai démarré par le Judo et l’athlétisme, j’ai toujours fait des compétitions, départementales, régionales…. »

LA : «  Le football arrive comment et quand dans ta vie ? » 

KB : « Dans la cour de récréation, alors que j’ai 12 ans, je suis grand (je fais aujourd’hui 1m96), mes copains m’incitent à m’inscrire au foot. J’étais rapide alors je décide de m’inscrire dans un Club, au Montrouge Football Club, c’est là que ça commence ! 

On avait une petite génération sympa, avec par exemple Hatem Ben Harfa, je démarre là. Je pars ensuite au club de Chatillon, puis pour des raisons personnelles je déménage en Alsace et pars en sport études en rejoignant le club de l’AS Pierrot Vauban. Ce n’était pas le Racing Club de Strasbourg mais c’était le deuxième club du coin. J’étais en U 15, Division d’Honneur. Pour encore des raisons personnelles, je reviens en Ile de France à Chatillon puis à Montrouge, j’ai alors 18 ans et je rejoins l’équipe Senior. 

Deux, trois ans plus tard je signe au Plessis Robinson, je fais une belle saison et j’ai l’opportunité de signer au Paris FC qui évoluait en CFA2, équivalent aujourd’hui de National 3. J’ai l’opportunité de toucher au National, c’est déjà autre chose. Et je signe dans l’Oise, tout en habitant Paris, j’intègre le Club de Chantilly, j’ai alors 24 ans. On a l’opportunité de réaliser un super parcours en Coupe de France, on va jusqu’en 32ème de final. On est éliminé par le LOSC de Eden HAZARD, DEBUCHY, LANDREAU, CHEDJOU, IDRISSA GUEYE, PAYET…. C’est une belle confrontation, un gros match, 10 000 spectateurs ! J’en ai plein les yeux. Je signe au FC Chambly qui évoluait en National 2. Je touche mon premier vrai salaire de Footballeur, j’ai 26 ans… !

Je dois revenir en IdF pour finir mes études. Je rejoins le FC Issy les Moulineaux (Régional 1) puis l’ACBB qui montait en N3 puis en N2. J’étais sous contrat fédéral donc je vivais du foot mais j’avais à cœur d’aider ma famille.  En parallèle je travaillais en temps partiel chez DECATHLON. »

LA : « Et tes études, tu dis que tu as dû quitter l’Oise pour revenir à Paris et finir tes études  ? »

KB : « Je suis arrivé dans le football sur le tard, je n’ai pas fait de centre de formation. J’ai validé un Bac S. Et j’ai eu la chance de rejoindre une super Ecole, l’EMLV (Ecole de Management Léonard de Vinci) en 2008.  A l’époque où je jouais à Chantilly, j’avais des cours uniquement le matin, un  fonctionnement un peu à l’américaine.  Cela coïncidait parfaitement avec mon cursus footballistique, je pouvais me former tout en assurant mes entrainements et en restant focus sur le sportif. »

LA : « Pourquoi une Ecole de Management  ? » 

KB : « Ma mère tenait à ce que je fasse des études. Elle voulait que j’anticipe au cas où. Elle avait raison, je l’ai écouté et j’étais aussi lucide sur le fait qu’une carrière se termine très tôt et parfois plutôt que prévu, j’y reviendrai… Je savais que Professionnel ou non, une carrière est très courte. je voulais sécuriser, assurer mes arrières. 

Le Commerce et le Management parce que j’avais le goût des relations. Je n’avais pas de projet professionnel précis, juste des grandes lignes en tête. Je voulais surtout faire des études supérieures et ne pas tout miser sur le football. Après, l’avantage avec cette Ecole, nous étions en formation exclusivement avec des sportifs de toutes disciplines.  Il y avait un super état d’esprit, de la solidarité, des valeurs communes, de l’entraide.  J’ai eu la chance d’intégrer l’équipe Universitaire de l’EMLV. On a eu rapidement des super résultats : deux années de suite Champion de France Universitaire. J’obtiens même une sélection en équipe de France Universitaire en 2014, c’est une super fierté ! 

En 2016, un Agent me suit depuis quelques temps. J’ai deux propositions, une pour évoluer en Division 2 Portugaise, une pour évoluer en Division 2 aux USA… j’ai 28 ans, je peux saisir une grosse opportunité… et là je me blesse, épanchement de synovie… le genou est touché…C’est la douche froide ! 

J’ai 29 ans, le rêve se casse.  Je veux rebondir vite. Je me recentre sur ma formation en pensant que je pourrai continuer le football. J’avais trop d’exemples en tête de sportifs qui ont tout claqué, n’ont pas investi, n’ont pas anticipé et se retrouvent à faire des jobs alimentaires. En 2017, grâce à mon diplôme de Commerce, je rejoins le Crédit Agricole. »

LA : « Pourquoi la Banque, c’était ton projet ou une opportunité ?  » 

KB : « Un mélange des deux en fait ! J’avais fait mon stage de fin d’études à la BNP. Dès le départ, la banque était pour moi une des voies possible. Je suis désormais Conseiller Privé à la Banque Populaire depuis début 2020.»

LA : « Kevin, quand tu as dû rebondir après ta blessure, as-tu eu des appuis de la fédération, de ton club ou autre ? » 

KB : « Très rares sont les clubs de foot, les Dirigeants ou les Présidents qui se préoccupent de chercher des alternatives pour les jeunes. Quand tu quittes ton club, tu te débrouilles seul. Il n’y a pas d’appui. Et il y a encore quelques années, il n’y avait pas de sociétés comme WE CHANGE UP. Il n’y avait rien, tu devais trouver ton chemin seul.  J’avais cette chance d’avoir anticipé, d’avoir un diplôme en poche. La transition a été plus simple. Ce que vous faites chez WE CHANGE UP c’est ultra important, d’offrir la possibilité à des personnes de découvrir des métiers, de rencontrer des professionnels, de partager des témoignages, de réfléchir à un projet, je n’ai pas hésité une seconde si mon témoignage peut aider, c’est top !

LA : « Dans ton métier, tu t’appuies sur ton expérience de sportif, sur quelles soft skills »?

KB : « La qualité numéro 1 c’est le refus de l’échec. En tant que sportif, on se remet tout le temps en question. On essaie de comprendre ce qui ne fonctionne pas, comment on peut corriger, dans la vie professionnelle en entreprise c’est identique. Pourquoi je n’ai pas réussi à convaincre un collègue ou mon manager, pourquoi un client n’a pas adhéré à mon argumentaire, comment je dois modifier les choses. C’est un vrai atout !

La deuxième qualité, l’esprit d’équipe. Aujourd’hui on œuvre souvent en collectif. Moi c’est une agence, je travaille pour mon entreprise et pour mon agence. J’ai envie qu’on ait des bons résultats, c’est un leitmotiv permanent, gagner ensemble !

La dernière, la détermination. La quête de réussite et le fait de s’en donner les moyens. »

LA : « Dans 5 / 10 ans tu te projettes comment  ? » 

KB : « J’ai envie de responsabilités, j’ai en tête deux voies : une Direction d’Agence ou une évolution vers la gestion de Patrimoine.  J’ai encore des défis à relever, plein d’objectifs en tête  ! » 

LA : « Pour finir, quels conseils tu donnerais à des jeunes sportifs ? »

KB : « Et bien, cela va être un peu bateau mais c’est la base « ne pas négliger l’Ecole », le Bac c’est le minimum, avec ça au moins on peut réfléchir à un après. Anticiper, prévoir, savoir que tout peut se passer, se donner à fond mais savoir avec lucidité que ça ne marche pas toujours. Et puis compter sur soi, sur ses forces, analyser sa personnalité et réfléchir à ce qu’on pourrait en faire en dehors du sport. »

Un grand Merci Kevin BOUYER pour le partage d’un parcours à rebondissement !