Rencontre avec Serge BETSEN pour We Change Up

« Serge BETSEN », les amoureux du rugby ont beaucoup d’images en tête dès lors que l’on prononce son nom, ne serait ce qu’un moment magique du contre haka de 2007 lorsque l’équipe de France défiait les All Blacks dès le démarrage du match avant de signer une victoire historique en quart de finale de la coupe du Monde. Mais la vie de Serge BETSEN ne se résume pas qu’à un match, c’est aussi celle d’un sportif au grand palmarès et celle d’un Homme au grand cœur qui a su rebondir lorsqu’il a raccroché les crampons… Retour sur une belle histoire qui continue de s’écrire jour après jour, celle d’un passionné qui ne cesse de transmettre et de partager au quotidien et qui ne manque pas de projets. 

Laurent AIMON, Dirigeant du Cabinet ADVISIA RH et associé de We Change Up est allé au contact de l’ancien sportif mais surtout de l’Homme pour recueillir son témoignage en matière de reconversion.

Serge BETSEN… le rugby dans les veines, une découverte par hasard puis un palmarès hors-pair.

Laurent AIMON (L.A.) : « Serge, pouvons-nous revenir sur votre carrière ? Comment l’aventure rugby démarre ? » 

Serge BETSEN (S.B.) : « L’aventure a commencé de façon la plus inattendue possible. Un jour, j’étais en train de faire du sport au stade Georges Racine à Clichy-la-Garenne, un jeune homme m’approche et me demande si je veux « essayer le rugby » ? Ne faisant pas de sport en club à l’époque, je lui ai répondu « pourquoi pas ?» et il m’a dit « RDV mercredi prochain au stade ». J’y suis allé et voilà je n’en suis plus jamais sorti ! »

L.A. : « A quel âge avez-vous dû choisir cette discipline ? »

S.B. : « Il y a plusieurs étapes dans l’idée de faire un choix. Celui de vivre le contact, de découvrir que le rugby c’est des règles bizarres, un sport collectif avec l’idée d’être là pour les copains et l’idée d’être au service du collectif. Le choix de revenir alors que l’on s’est blessé ou que l’on a pris des coups. L’idée de se dire que quelques soient les conditions, c’est bien là où je veux m’épanouir avec mes nouveaux copains. Un exemple fort, et qui montre que ce choix ne nous quitte jamais c’est quand a 13 ans et malgré une fracture du plancher orbital, j’ai fait le choix d’y retourner. En allant voir mes copains jouer, je pleurais de ne pas être avec eux. Je crois que c’est comme cela que j’ai su que j’avais attrapé le virus et que j’ai fait le choix de devenir rugbyman. »

L.A. : « S’il n’y avait pas eu le rugby, vers quoi vous vous seriez destiné ? Aviez-vous un plan B ? »

S.B. : « Ma mère m’a toujours dit  : « les études avant tout ». J’ai toujours eu ce contrat moral avec elle où si ça ne va pas à l’école, je ne vais pas au rugby. C’était très clair. Mais au-delà du résultat des études, il y avait aussi le savoir-être dans la société, le respect, la discipline qui étaient très important pour elle. Je dis souvent que ma mère est une dame très digne, elle n’a pas besoin de beaucoup parler pour se faire comprendre. Donc les études, c’était un passage obligé. » 

L.A. : « Vous avez connu le rugby au début de sa professionnalisation, est-ce qu’il y a 10 / 15 ans, on vivait bien du Rugby ? »

Photo: Richard Lane/Richard Lane Photography. London Wasps v Harlequins. Guinness Premiership. 05/09/2009. Wasps’ Serge Betsen breaks past Quins’ Jim Evans.

S.B. : « Ah non ! Je suis certes une des premières générations qui a eu droit à un statut professionnel  en Top 16 à partir de 1995. Mais à mes débuts, pour tous les jeunes que nous étions, on rêvait de jouer au plus haut niveau dans notre sport : viser l’équipe première de notre Club, puis encore plus haut avec l’équipe de France, mais à aucun moment on se disait que nous allions vivre de notre sport comme le foot par exemple !

C’était le début du rugby professionnel, j’avais quitté mon club de Clichy-la-Garenne pour aller poursuivre mes études en Sport-Études à Bayonne. J’étais pensionnaire du Biarritz Olympique et j’avais un défraiement pour vivre. J’étais hébergé et nourri au club qui était géré par une légende de mon sport, Pascal Ondarts [ndlr: pilier de l’équipe de France, Coupe du monde 1987 en Nouvelle Zélande]. Donc non, c’était un contexte où on était étudiants et cela profitait à tout un système. Cela m’a permis de continuer mes études en STAPS. C’est la ou j’ai eu mon plus beau diplôme, celui de Champion du monde universitaire en Afrique du sud contre l’équipe hôte Sud-Africaine que l’on bat en finale en 1996 ! Cela a été une vraie découverte pour moi de Johannesburg et du pays de Mr Nelson Mandela. Ces moments ont créé chez moi des ambitions et des rêves d’aller plus loin et d’essayer d’exceller dans ce que je faisais.

Juste après cette belle expérience, au retour, mon professeur de sociologie m’a dit : « Mr Betsen vous perdez votre temps » et c’est là où il a vraiment fallu choisir de continuer ou pas. Entre le chemin universitaire qui me paraît incertain et la réalité d’un rugby qui se fait professionnel, c’est à ce moment là que ma décision a été prise. Certes à l’époque le salaire était surement à peine celui qui est donné aux joueurs de Fédérale 1 aujourd’hui, mais c’était la première étape de mon rêve. 

L.A : « Nous connaissons tous les grandes lignes de votre belle carrière. Si vous deviez résumer les étapes clés et le palmarès, que diriez-vous ?»

S.B. : « Je dirais que c’est un réel plaisir d’avoir pu grandir en même temps que mon sport et d’avoir pu pas à pas, au travers de mes titres accéder au plus haut niveau de compétition. Cette soif d’aller plus loin je l’ai quand je vais soutenir, alors encore Junior, mon club du Biarritz Olympique contre Toulon au Parc des Princes. Je réalise à quel point le bouclier de Brennus est un moment à part pour ma nouvelle famille du rugby. 

betsen

Une première étape clé c’est certainement ma première titularisation en équipe de France, contre l’Italie en 1997, cela me lance dans mon aventure en Bleu donc forcément c’est quelque chose de fort. 

1999 c’est un peu pour moi le début de grandes choses. Je gagne la dernière coupe de France Yves Du Manoir avec Biarritz, qui affiche a tous nos ambitions d’être un club qui veut exister dans l’élite du rugby, et y rester. C’est aussi une belle période de transition entre les générations du club, avec l’arrivée de e grands noms comme Glen OSBORNE /Frano BOTICA /Joe ROFF Champion du monde avec l’Australie contre la France 1999. En tant que joueur c’est un tournant, avec Joe j’ai accès à une expertise et une expérience incroyable, et son savoir-être m’inspire sur les années à venir : toujours calme, ultra professionnel dans son approche au rugby, au corps. 

Les années 2000 pour moi sont les plus belles, je retrouve les Bleus et enchaîne les succès en club. 2002 je gagne mon premier Grand Chelem dans le VI Nations, ainsi que mon premier bouclier de Brennus avec Biarritz. 2003 je pars en Australie pour ma première Coupe du Monde. 2004 c’est le deuxième Grand Chelem dans le VI Nations, mais toujours aussi savoureux. Et puis peut être un des plus beaux moments de ce palmarès, c’est mon titre de Champion de France, pour deux années consécutives, en 2005 et 2006 avec le Biarritz Olympique. 

Une fin de carrière sportive anticipée, décidée, un exil en Angleterre et une transition douce vers l’après.

L.A : « La fin de carrière sportive se déroule comment ? »

S.B. : « La fin de carrière… j’avais prévu initialement d’arrêter avec la Coupe du Monde en poche en 2007. L’objectif, c’était de la gagner mais ça ne s’est pas passé comme cela. Du coup, j’ai ressenti une grosse frustration et aussi une envie d’ailleurs, d’autre chose. En tant que compétiteur, une question qui me revient souvent c’est de savoir pourquoi je gagne et pourquoi je perds. Aller dans un pays qui avait gagné la Coupe du Monde, cela me paraissait évident. Je suis parti pour trois ans aux London Wasps, à Londres en Angleterre et puis finalement après j’y suis resté. J’en ai profité pour découvrir une autre langue, une autre culture, c’était pour moi un challenge sportif mais aussi familial car j’ai embarqué ma famille avec moi. Finalement, j’ai raccroché en juin 2011. Je dis toujours que le rugby m’a permis d’apprendre qui je suis. L’année 2010 / 2011 j’ai vu des nouveaux joueurs arriver dans mon équipe, des jeunes qui allaient être la relève de l’Angleterre comme Joe Launchbury. J’étais Capitaine de l’équipe des Wasps, finalement sur ma dernière année j’étais déjà dans une posture de transmission. Quand je leur ai demandé leur âge, certains étaient nés en 1990 /91, date à laquelle moi je jouais déjà à Biarritz, à ce moment j’ai compris qu’il était temps pour moi d’arrêter, mais c’était ma décision et je m’étais toujours dit que c’est moi qui déciderais, donc je l’ai fait. »

L.A. : « Aviez-vous anticipé (reprise d’études, stages, etc) ?  Est-ce que c’était plutôt une crainte ou plutôt comme un nouveau challenge excitant ? » 

S.B. : « En fait, cela s’est fait dans la continuité, j’ai eu la chance d’arrêter quand je l’avais décidé mais j’avais déjà entrepris beaucoup de projets avant, notamment dans l’entreprenariat, le consulting. J’ai créé ma première entreprise lorsque j’étais joueur à Biarritz, j’avais lancé un SPA, je travaillais déjà sur les notions de bien-être. Ma retraite sportive s’est donc faite de manière progressive. Je me suis toujours dit « qu’est-ce que je vais et veux faire après, qui soit au même niveau que ma carrière sportive en termes de passion, d’envie et d’adrénaline ? ». En arrêtant je me suis dit : « je vais continuer à faire des choses qui me passionnent et je ne veux pas vivre un quotidien fait d’obligations ». C’était donc une source d’excitation et non une crainte et j’étais déjà installé dans une nouvelle dynamique avant, je n’ai pas attendu le dernier coup de sifflet. »

Serge BETSEN… la force du réseau

L.A : « Avez-vous eu des aides spécifiques ? »

S.B. : « Non je n’ai pas forcément eu d’aides, déjà le fait que je termine ma carrière à l’étranger a fait que je n’ai pas eu d’aide institutionnelle particulière mais par contre, j’ai eu un réseau. Le réseau du rugby en France, en Angleterre. Beaucoup de bouche à oreille, de réseaux de joueurs, celui des Barbarians. J’ai eu la chance d’être connecté a beaucoup de monde. En 2012, j’ai créé une association, les French Legends dans un objectif de se retrouver, de se rassembler pour des bonnes causes. Finalement j’ai continué à faire ce que j’aimais faire et à prolonger les valeurs de partage, d’entraide… les valeurs du rugby ».

L.A : « Connaissiez-vous le monde de l’entreprise lorsque vous avez stoppé votre carrière ? »

S.B. : « Oui, l’entreprise je l’ai connu grâce à mon réseau…. J’attire une forme de sympathie, avec mon expérience de sportif les gens sont généralement partants pour me rencontrer, cela m’a ouvert des portes. Le fait de me lancer sur une carrière de consultant m’a permis de découvrir de multitudes facettes de l’entreprise. Via mes conférences, ateliers ou Team Building je pense partager des choses fortes que j’ai connu sur les terrains, et que je transmets au monde de l’entreprise. La passerelle se fait assez naturellement, c’est un sport qui de part ses valeurs parle aux gens».

L.A. : « Sur quelles qualités, valeurs, soft skills cultivés et développés dans le rugby, vous êtes-vous appuyé pour dessiner votre deuxième carrière ? »

S.B. : « Pour moi le rugby m’a fait découvrir ma personnalité, mon caractère, mon goût de l’équipe, du collectif… C’est avec cela que je suis parti. Dans le rugby on a tous un seul poste mais par contre, on a un seul objectif commun. D’un point de vue soft skills, j’ai développé le sens de la mission, la communication. Au quotidien, je ne suis pas un grand bavard mais sur le terrain, dans les vestiaires, je parlais et j’ai appris la valeur de la communication, c’est quelque chose que j’ai en moi maintenant et que je peux transmettre en entreprise. »

L.A. : « Quels conseils donneriez-vous à des sportifs en activité pour préparer la suite, leur seconde carrière ? »

S.B. : « La première des choses, c’est de prendre conscience de ce qu’ils ont déjà construits, qu’ils ne partent pas de zéro et qu’ils doivent être fiers de ce qu’ils ont fait. Les sportifs de haut niveau représentent 1 % de la population, cela veut dire que les athlètes ont des qualités à part, qu’ils peuvent et doivent valoriserAprès qu’ils se posent la question de ce qui les fait lever le matin, c’est sur cette base qu’ils pourront définir ce pour quoi ils seront faits après. »

Serge BETSEN … Un social entrepreneur… le rugby en support !

L.A. : « Aujourd’hui, quel est le quotidien de Serge BETSEN ? toujours en lien étroit avec le Rugby, c’est bien cela ? »

S.B. : « Aujourd’hui, le cœur de mon activité ce sont des interventions en entreprises via Serge Betsen Consulting. Je capitalise sur mon expérience de sportif pour transmettre. J’interviens sur les questions de motivations, de team building ou autre, notamment sur le management. A titre d’exemple, je suis intervenu durant deux ans sur un programme lié au courage managérial

J’interviens aussi sur la gestion des émotions, je prends notamment appui sur le Haka de 2007, histoire qui m’est personnelle mais parlante sur la façon de gérer les choses, sur la façon de se solidifier autour d’une vision commune. Je travaille sur le « sens » du collectif, je m’appuie sur des histoires vécues, je les traduis en atelier et en conférence avec des mots de l’entreprise.

Je suis aussi ambassadeur de marques, et intervient encore fréquemment dans les médias autour de l’actualité rugbystique. 

Ma dernière aventure c’est celui de mon programme Serge Betsen Rugby, qui existe depuis 2015 et qui rassemble une quinzaine de clients dans le Grand Londres. J’essaie de faire découvrir à tous mon sport, petits et grands, garçons et filles, de tous horizons. 

Si je devais me décrire, je dirais je suis un social entrepreneur. » 

« Au Cameroun en 2004 – je jouais encore à Biarritz –  j’ai créé une association caritative, qui s’appelle la Serge Betsen Academy. L’idée est d’aider les enfants de nos centres à travers des programmes d’éducation et de santé, tout en leur permettant d’avoir accès au rugby. 15 ans plus tard, nous en sommes à 5 centres. Ces enfants on leur apporte une nouvelle perspective, et un endroit où ils peuvent être soutenu par nos Éducateurs. C’est un travail d’équipe, j’ai un board qui me soutient depuis des années, on travaille ensemble, et la vérité c’est que sans eux je ne ferai rien. Finalement, le sport n’est qu’un volet de nos discussions, qui s’axent aussi autour de l’éducation et de l’aide médicale… le rugby, le sport deviennent un prétexte, un sport pour permettre de donner le sens des règles, la discipline, l’effort. »

« Le fil conducteur de ma nouvelle vie, c’est la passion, l’envie de transmettre, de partager, de créer du lien. Je me suis aperçu que mon expérience de sportif était transférable au monde de l’entreprise.

Aujourd’hui je vais même soutenir des projets d’entrepreneurs, pour les aider à trouver des partenaires, des investisseurs….

Ma nouvelle vie est bien remplie et j’ai encore plein de projets. »

L.A. : « A vous entendre, vous êtes dans une vraie recherche de connexion entre le monde du rugby, le partage de vos expériences et le monde de l’entreprise, vous cherchez des partenaires ? »

S.B. : « Oui, toujours ! Je suis toujours à l’affût de rencontres, d’expériences… c’est mon moteur. 

J’ai besoin aussi de pouvoir compter sur des entreprises qui s’engagent, qui sont prêtes à aller vers des expériences à fort enjeu sociétal pour les associations et les causes que je défends. »

Ce témoignage de Serge BETSEN nous offre au-delà d’une belle histoire de vie des points de repères intéressants à partager avec les personnes en reconversion, et notamment les sportifs :

  • Savoir écouter ses envies, ses moteurs, ce qui fait vraiment lever le matin pour construire la suite, son projet.
  • Capitaliser sur son réseau, vivre avec
  • Préparer les choses en douceur, anticiper
  • Pour les sportifs, prendre les devants, commencer à construire avant de raccrocher.

Nous remercions Serge pour ce moment d’échange et de partage authentique, moment privilégié dans un agenda des plus remplis !

Entreprises, si vous souhaitez prendre attache avec Serge pour contribuer à ses engagements associatifs et humanitaires ou pour solliciter son expérience en tant que Consultant : contact@sergebetsen.net. Retrouvez ses différentes activités sur :

www.sergebetsen.net

www.sergebetsenrugby.com

www.sergebetsenacademy.org