Comment anticiper sa reconversion sportive et professionnelle? François Trinh-Duc nous raconte

François TRINH-DUC, Demi d’ouverture du Racing 92 & International Tricolore de Rugby aux 66 sélections nous a offert un moment privilégié d’échange pour aborder sa façon d’anticiper, en tant que sportif en activité, une suite de carrière.

Après avoir interviewé Vincent BACHET & Amaury LEVEAUX, respectivement Champions émérites en Hockey sur Glace et Natation, We Change Up souhaitait poursuivre le tour d’horizon vers un autre sport. En effet, chaque parcours de vie, chaque discipline sportive et chaque personnalité, en se croisant, offrent des expériences riches dont il y a toujours des choses pertinentes à tirer pour nourrir sa propre expérience.

Laurent AIMON, Co-fondateur d’ADVISIA RH et ADVISIA CONSULTING, et associé chez We Change Up, une plateforme dédiée à la reconversion professionnelle, est donc allé à la rencontre de François TRINH-DUC, personnalité du rugby. 

LA : François, avant de démarrer sur les sujets de reconversion, pouvons-nous revenir déjà sur votre carrière, votre passion… Comment en êtes-vous venu au Rugby ?

F T-D : « C’est simple, mon frère aîné m’a embarqué, il avait 5 ans, j’en avais 4 et je me suis lancé dans le rugby, après on prend le virus et c’est parti. »

Réponse toute en modestie d’un joueur qui oublie de balayer sa brillante carrière, ses sélections sous le maillot bleu et en revient à des choses simples, sa famille, sa passion du rugby, tout est dit ! Il manque juste l’accent du sud ouest et vous savez que l’entretien qui démarre sera direct, clair, bienveillant et authentique… le décor est posé !

LA : Aujourd’hui, vous êtes encore sur de nouveaux challenges sportifs avec cette expérience au Racing, mais avez-vous déjà pensé à l’avenir, l’après rugby ?

F T-D : « Clairement oui, la reconversion cela s’anticipe, j’y pense depuis longtemps déjà. Initialement, j’avais déjà en poche une Licence Management du sport et puis après la carrière s’enchaine, j’avais en tête que quelques années avant de finir ma carrière je pourrai reprendre mes études, faire des stages. Je préférai le faire de manière condensée plutôt que de manière dilluée et c’est justement ce que je suis en train de faire. Je suis en cours actuellement de finalisation d’un Master Grandes Ecoles… j’attends les résultats. Dans ce cadre, j’ai pu faire un stage intéressant chez GL EVENTS… L’événementiel est un truc qui me plait bien. »

LA : Avez-vous déjà des pistes ou même des projets concrets pour l’après ?

F T-D : « Pas de projets arrêtés mais plein d’idées et déjà pas mal de choses en cours. Sur l’événementiel, je ne me vois pas me lancer à mon compte, je me vois plutôt salarié. Mon Club, le Racing, a un lieu atypique et extraordinaire avec l’ARENA où il y a tout type d’événement, du sport, des concerts, etc… je me rapproche aussi d’eux, j’observe, j’apprends. Parallèlement, j’investis dans l’immobilier, dans des start up, je diversifie, je rencontre des gens, le but c’est de savoir progressivement ce qui me plait le plus, et de pouvoir choisir en connaissance de cause, de savoir pour quoi on est fait, se préparer en étant au contact. »

« A titre d’exemple aussi, avec ma Femme qui est Décoratrice d’Intérieur, on a concrétisé un projet, on a repris un lieu près de Montpellier, genre grande maison de famille et on a créé un lieu qu’on loue notamment à des entreprises pour des séminaires ou teambuilding, c’est un lieu atypique au milieu des vignes, c’est un premier pas. »

(Note au lecteur : lieu magique, jetez un œil : https://masdelaposte.com).

LA : François, quand on est un joueur du Top14, que l’on devient titulaire en équipe de France et à l’apogée de son sport, est ce qu’il n’y a pas un risque de penser que c’est une fin en soi, l’aboutissement obtenu et que l’on a plus grand-chose à prouver finalement ?

F T-D : « Ce n’est pas une fin en soi non, mais c’est aussi l’éducation, le climat familial qui font qu’on garde la tête froide. De plus, on n’a pas non plus de salaire qui permettent de penser qu’on est à l’abri jusqu’au bout. »

LA : François, vous êtes malheureusement actuellement blessé suite à une fracture et en convalescence et vous avez déjà connu cela dans votre carrière, est-ce que ces périodes de blessure sont des moments pour penser à la suite ou est-ce qu’on reste focus exclusivement sur son retour à la compétition ? »

F T-D : « Non ce sont effectivement des périodes qu’on peut mettre à profit pour réfléchir à l’après, l’emploi du temps est allégé et réfléchir à l’après c’est un bon moyen de ne pas trop gamberger. »

LA : Qu’est-ce que vous redoutez le plus du jour où vous devrez stopper ?

F T – D : « Et bien, on dit que la fin de carrière c’est un peu une « mort sociale », on change de statut et, dans mon cas, le rugby, on passe d’un sport collectif où on est tout le temps entouré, à une situation où on est seul chez soi. Je sais que ce sera dur et c’est pour cela que j’anticipe, je prend les devants, je rencontre des gens, je fais des études, des stages, je suis en mouvement. »

LA : Est-ce que la reconversion est un sujet que vous abordez dans les vestiaires ou avec vos collègues au quotidien ou est-ce plutôt tabou ?

F T-D : « Non, non ce n’est pas du tout tabou ! On en parle souvent au contraire, avec les collègues, les jeunes, les étrangers, et de manière aussi intergénérationnel. Les jeunes, on leur demande ce qu’ils ont fait comme études, leur rapport à la vie scolaire, ce qu’ils veulent faire après, c’est important, c’est un sujet que nous discutons souvent entre nous. »

LA : Dans votre sport spécifique, le rugby, quelles compétences comportementales avez-vous développé et qui peuvent servir demain au sein d’une entreprise ?

F T-D : «  Je sais que beaucoup d’entreprises apprécient les sportifs et sont sensibles à ce qu’ils peuvent apporter en terme de gestion d’équipe, de capacité à « travailler ensemble », de solidarité, de bienveillance et aussi de capacité de remise en question, on a l’habitude de se remettre en cause toutes les semaines, c’est une force. »

LA : Quels conseils donneriez-vous à des sportifs pour préparer leur reconversion ?

F T-D : « Si j’avais un conseil à donner aux jeunes notamment c’est de ne pas avoir peur, de ne pas se couper du monde, de développer des relations hors rugby, de rencontrer des gens pour pouvoir après, le moment venu, choisir ce pour quoi on est fait ». « Je leur dirai aussi de ne pas perdre de vue qu’une carrière ça s’arrête à 30/32/35 ans et que cela peut aussi se stopper de manière plus rapide et brutale, qu’il faut donc anticiper, ne pas s’isoler, rester connecté au réel, suivre des formations, faire des stages…. ».

LA : Pour finir, le François TRINH-DUC dont vous rêvez dans 10 ans ce serait qui ?

J T-D : « Je ne sais pas… ce n’est pas évident…je dirai que j’aimerai simplement être quelqu’un d’épanoui en tant qu’Homme mais aussi en tant que Professionnel dans mon nouveau métier, mon nouveau secteur, finalement que je puisse me régaler autant que je me régale dans le rugby. »

Ce témoignage de François TRINH-DUC nous offre des points de repères intéressants à partager avec d’autres sportifs, et plus globalement avec toutes personnes souhaitant opérer un virage professionnel avec quelques règles d’or à intégrer :

– ANTICIPER le plus tôt possible.

– MULTIPLIER les rencontres, les réseaux.

– PROFITER des études, des stages pour tester et découvrir ce pour quoi on est fait.

– NE PAS S’ISOLER, ne pas se couper du monde « civil », au contraire profiter de chaque situation de rencontre.

Sportifs vous souhaitez rejoindre l’aventure We Change Up, témoigner, parrainer l’aventure We Change Up, WELCOME !!!!!