Jordan Lefort, joueur de l’Amiens SC nous livre ses secrets pour bien préparer son après-carrière

Après avoir interviewé Vincent BACHET, Amaury LEVEAUX et François TRINH-DUC sur leurs parcours respectifs et la préparation de leurs secondes parties de carrière, nous poursuivons nos rencontres terrain. C’est pour nous, un tour d’horizon interdisciplinaire, dans un objectif simple et unique: le partage d’expériences de reconversion à l’état brut …

L’objectif, dans l’état d’esprit We Change Up, est de profiter des expériences des uns et des autres pour s’enrichir.

Laurent AIMON, co-fondateur et dirigeant d’ADVISIA RH et ADVISIA CONSULTING et également associé de We Change Up, une plateforme dédiée à la reconversion professionnelle, est allé à la rencontre de Jordan LEFORT, défenseur de l’AMIENS SC (Football, Ligue 1).

Agé tout juste de 26 ans, Jordan LEFORT est un joueur de Ligue 1 qui a réussi, en mouillant le maillot, à gagner progressivement ses galons ! Même s’il a l’expérience d’être au marquage de Thauvin, Neymar, Di Maria ou encore M’Bappe dans son quotidien, nous rencontrons un jeune homme simple, mature, authentique, qui a la tête sur les épaules, humble et surtout qui sait d’où il vient.

Ce pragmatisme devrait lui rendre la tâche plus simple pour appréhender la suite…d’ailleurs, il a déjà commencé… Témoignage !

LA : Jordan, avant de démarrer peut-on revenir sur votre carrière, votre passion… Comment en êtes-vous venu au football ?

JL : « J’ai toujours joué au football, mon père était très sportif, partagé entre le foot et le rugby, très tôt ma mère m’a mis un ballon dans les pieds et après je n’ai jamais arrêté. »

LA : Et s’il n’y avait pas eu le foot…?

JL : « J’étais à l’aise à l’école, j’ai eu mon bac avec mention, j’avais la chance d’apprendre vite. À 18/19 ans, j’ai dû faire un choix. En effet, je jouais à Strasbourg quand l’Amiens SC est venu me chercher. Ils m’ont incité à suivre mes études en parallèle en me proposant de faire un DUT GEA mais la filière ne m’intéressait pas. Finalement, j’ai enclenché une Fac d’Economie Gestion mais je me suis aperçu que faire les deux ensemble, c’était trop compliqué. J’ai stoppé mais j’ai toujours eu à cœur de me former, j’en parlerai plus tard mais depuis je continue, c’est très important. »

LA : Aujourd’hui, vous êtes en pleine carrière, vous commencez à connaître la célébrité, la médiatisation. Comment gérez-vous cette notoriété montante alors que 3 ans plus tôt vous étiez en national ?

JL : « Oh, je ne dirai pas la célébrité, je suis un petit joueur de Ligue 1, dans un club familial et qui a gravi les échelons avec ses moyens. Amiens est un club en constante évolution. La célébrité c’est un bien grand mot, cela m’arrive d’être reconnu dans la ville mais quand j’en sors je passe incognito… Quoiqu’il en soit je reste le même, je viens d’une famille où l’éducation est très importante, je la remercie car je suis parti à 15 ans de chez moi pour poursuivre mon rêve. Ma famille m’a toujours accompagné, c’est grâce à elle que je garde les pieds sur terre. »

LA : Jouer dans l’élite d’un championnat pour un joueur de foot, ou tout sportif du reste, c’est un peu le graal. Est-ce qu’on ne se dit pas à ce moment-là, « c’est bon je suis arrivé, je me suis arraché, je gagne bien ma vie, chaque chose en son temps, pour l’après sport on verra plus tard » ?

JL : « Je pense qu’il y a tout type de personne. Dans mon cas je ne suis pas arrivé et je ne le serai jamais. On veut toujours plus, plus de challenges, toujours progresser pour être meilleur, je suis un compétiteur. J’ai 26 ans, c’est sûr que je n’en ai plus 18, on revoit ses ambitions de manière réaliste. Par exemple l’équipe de France je sais que bon… ça va être compliqué. Il faut être réaliste, mais j’ai toujours de l’ambition, je ne peux pas penser que je suis arrivé, j’ai plein de défis dans la tête. Chaque semaine est un nouveau défi, chaque entraînement, chaque match. Maintenant l’après carrière j’y pense souvent et depuis longtemps déjà, en parallèle. »

LA : Dans votre quotidien de sportif, comment on gère son temps hors football ?

JL : « Je dirai qu’on a, à la fois, beaucoup et peu de temps. Moi, j’arrive plus tôt aux entrainements et je repars un peu plus tard. Je travaille toujours plus pour progresser et j’accorde beaucoup d’importance à ma récupération, aux soins. J’ai des demi-journées libres, chacun organise son temps comme il veut. J’en profite pour me former via l’UNFP (Syndicat des footballeurs), ils ont une branche sociétale. Je me suis lancé dans différents types d’engagements, avec la SPA par exemple, cause qui me parle. Mais aussi pour venir en aide aux personnes en grande difficulté, je pense notamment aux sans abri. Je suis convaincu que tout le monde peut aider à sa façon. Je lutte pour le gaspillage… Beaucoup de personnes ont faim et nous gaspillons …J’ai d’autres choses en tête sur le plan sociétal ou associatif, notamment l’Ecologie. J’estime aussi qu’on a un devoir, surtout dans des villes comme Amiens, c’est une petite ville, quand on a une image il faut en faire profiter et s’engager. 

LA : Quand on est sportif, quels sont les moyens à disposition pour découvrir ou rester au contact du monde de l’entreprise, de la « vie civile » ?

JL : « Dans le football, on est dans un sport très médiatisé, et cela ouvre beaucoup de portes, le plus important c’est le réseau. Nous avons beaucoup de partenaires, de toutes les branches d’activité…. Le monde du foot, si on l’utilise bien, si on prend conscience de l’importance du réseau nous permet de rencontrer des entreprises. Il faut être curieux, avoir l’envie de découvrir, d’apprendre… Notre terrain de jeu est très large. Justement ce qu’il faut pour préparer  l’après-carrière c’est s’entourer des bonnes personnes pouvant nous y aider. »

LA : Jordan, est ce qu’il y a selon vous dans le football des compétences que vous pourrez transférer demain dans le monde de l’entreprise ?

JL : « Être sportif de haut niveau ce n’est pas facile, c’est beaucoup de remise en questions, d’exigence ! On subit des critiques, un jour on fait un très bon match, on est applaudit. Un autre jour on se loupe, on met un but contre son camp et tout est à jeter. On apprend à vivre avec cela, on développe une capacité à prendre du recul, on tombe 7 fois et on se relève 8 fois, c’est notre quotidien ! Je pense que dans l’entreprise c’est très utile, dans des organisations qui bougent souvent et où il faut être agile. Et le sport, c’est  l’exigence, la perfection, la concentration, le travail sous pression, la capacité à faire abstraction et à avancer, la capacité à prendre des décisions rapides et efficaces… autant de choses que l’on peut emmener avec nous en l’entreprise ! »

LA : Avez-vous déjà des pistes ou même des projets concrets pour l’après ??

JL : « J’ai plusieurs idées. J’ai l’immobilier comme évoqué tout à l’heure, avec notamment une idée qui consisterait à joindre foot & immobilier. Il y a des choses à faire. Je suis quelqu’un de prudent, chacun dépense son argent comme il veut. Je ne suis pas très voiture du coup j’ai la même depuis 4 ans, je l’ai acheté lorsque nous étions en national. J’essaie de ne pas faire trop de folies même si de temps en temps je me fais plaisir.  J’ai l’idée de me sécuriser, d’investir, je suis bien entouré. A 19 ans, je commençais à toucher mes premiers salaires, depuis cette époque je suis vigilant, je me fais conseiller, accompagner, c’est très important d’être entouré. Alors je fais des placements, pour l’instant dans l’immobilier, après on verra. »

 LA : L’après foot, vous en parlez entre co-équipiers ou pas du tout ?

JL : « On en parle finalement très peu. L’UNFP nous conseille, on en parle avec les coéquipiers avec lesquels on a le plus d’affinité. Ce n’est pas un sujet quotidien entre nous peut être parce que nous sommes encore un peu jeunes ! »

 LA : Qu’est-ce que vous redoutez le jour où vous devrez raccrocher les crampons ?

JL : « Aujourd’hui je redoute une seule chose: avoir des regrets le jour où j’arrête. Avoir ce jour-là le sentiment de ne pas avoir pu faire ce que je voulais dans le sport ! Finalement, l’après foot je l’anticipe déjà mais ce que je veux c’est n’avoir aucun regret dans ma carrière de footballeur. Evidement qu’après ma carrière, j’aimerai avoir un confort financier pour ma famille et mes proches. On entend beaucoup d’histoires de footballeurs en faillite… je fais en sorte que cela ne m’arrive pas. »

LA : Et dans 10 ans, comment vous voyez les choses ?

JL : « J’aimerai je pense, c’est ce que je dis aujourd’hui en tous cas, tourner la page avec le footballeur, rester au contact de mon réseau mais faire autre chose, l’immobilier me plait et je m’y prépare. Je ne me projette pas dans le milieu comme coach, directeur sportif ou autre. J’ai envie d’explorer d’autres activités. J’adore ce que je fais, le football, c’est ma passion mais après quand ça s’arrêtera je pense qu’il faudra que je passe à autre chose. Je parle de l’immobilier mais je ne sais pas encore exactement ce que je veux faire après. J’ai des idées, je m’intéresse à beaucoup de domaines  »

LA : Et plus tard, salarié ou entrepreneur ?

JL : « (sans hésitation et venant des tripes) Entrepreneur ! Je passerai peut être par la case salarié, d’ailleurs aujourd’hui je suis salarié et ça me va très bien mais mon objectif ce serait d’avoir mon entreprise, cette liberté, manager etc …répondre à un besoin,  c’est ce que je veux. D’ailleurs cette année ma formation est centrée sur la création d’entreprise. Dans mon réseau, j’ai des personnes qui ont leur entreprise, Ma compagne a d’ailleurs développé une belle start up, Boardingbox (www.boardingbox.fr), je m’y intéresse, c’est passionnant. »

LA : Quels conseils donneriez vous à des sportifs, ou plus globalement à des personnes souhaitant préparer une reconversion ?

JL : « Et bien, je dirai déjà de bien s’entourer, d’être prudent et d’avoir conscience qu’une carrière cela passe très vite. De se faire accompagner, il y a l’UNFP, des gestionnaires de patrimoine, des avocats, des notaires qui sont là pour, pour ne pas faire n’importe quoi ou tout dépenser (son argent) en consommation. Et puis d’anticiper, de profiter de son réseau, avec les partenaires notamment, pour faire des rencontres, se confronter à la réalité, rester au contact du marché, faire des formations…. Et surtout de ne pas avoir peur de se lancer ! »

Le témoignage de Jordan LEFORT nous offre une vision intéressante. Elle est à décliner sous forme de points de repères afin d’anticiper sa reconversion en tant que sportif . Finalement, ils sont applicables à toute reconversion : 

PREVOIR, ANTICIPER, SECURISER.

DECLENCHER DES RENCONTRES, PROFITER DES FORMATIONS POSSIBLES POUR DEVELOPPER SES CONNAISSANCES, APPRENDRE SANS ATTENDRE.

AVOIR LA NOTION DU RESEAU, SAVOIR DONNER DE SON TEMPS, SAISIR TOUTES LES OPPORTUNITES DE RENCONTRE.

AVOIR CONSCIENCE DES COMPETENCES HUMAINES DEVELOPPEES TRANSFERABLES D’UN METIER OU D’UN SECTEUR A UN AUTRE.

POUR LES SPORTIFS : GARDER LA TETE SUR LES EPAULES, AGIR AVEC PRUDENCE, S’ENTOURER.

Sportifs vous souhaitez rejoindre l’aventure We Change Up, témoigner ou encore parrainer notre aventure? WELCOME !!!!!