L’ex-international de rugby, Marc Cuglietta, nous parle de sa « transition » de carrière.

« Marc, pouvons-nous revenir sur votre carrière de sportif ? Pourquoi le Rugby ? »

Le rugby est entré dans ma vie très tôt. A 5 ans, mon père m’inscrit au Club de Chambéry comme les garçons de la famille. Mon grand frère et mon cousin sont tous deux joueur et entraîneur, arbitre de rugby. Avec le Stade Chambérien, club centenaire alpin, je joue dans toutes les catégories jeunes en sélections départementales et régionales. Ensuite, j’intègre les filières de haut niveau au centre de formation du Club Sportif Bourgoin Jallieu en section sport études. Je joue avec des grands noms du XV de France comme Morgan Parra, Florian Fritz, Yann David, Jean François Coux, Benjamin Boyer ou encore Julien Bonnaire et Sébastien Chabal, la génération champions de France junior-espoirs U21 !

N’ayant pas fait le cut en France, j’intègre l’équipe nationale du Canada du fait de ma nationalité maternelle. J’évolue avec les sélections internationales junior puis senior avec ce beau pays qui chatouillait les meilleures nations.

Le rugby fait toujours partie de ma vie. Aujourd’hui, je joue avec l’école Française de Rugby d’Abu Dhabi (EFR) aux Emirats Arabes Unis. Et j’entrainerai prochainement les plus jeunes pour continuer à vivre ma passion.

« Comment avez-vous anticipé, préparé la fin de votre carrière ? Comment avez-vous réussi à vous challenger sur de nouveaux projets ? »

Dans ma carrière, j’ai toujours concilié sport de haut niveau et études d’ingénieur. Cela n’a pas été facile. Mais c’était essentiel pour sécuriser l’avenir. Ma carrière sportive terminée, la transition vers les challenges professionnels s’est alors faite plus naturellement.

Je pense qu’il faut réussir à considérer le sport de haut de niveau comme une passion, un moment de sa vie, un tremplin professionnel. J’ai vécu des expériences de vie exceptionnelle grâce au sport. Je suis très attaché à l’ovalie ! Mais cette passion n’a jamais été toute ma vie. Mon investissement dans les études n’a jamais faibli même si c’était parfois tentant.

J’ai eu la chance d’être très bien entouré par mes parents. Ils m’ont donné une direction claire : allier sport et études. Ils m’ont permis de garder en en-tête que les études restent la garantie d’un épanouissement professionnel et que le sport n’aura qu’un temps. J’ai prolongé ma formation en sport études pour profiter au  maximum de ma carrière rugbystique. Des coachs m’ont parfois demandé de faire des choix. Ne jamais arrêter mes études m’a bien sûr mis des barrières. Mais le résultat est sans appel. Le sport de haut niveau est très dur. J’ai vu des carrières s’arrêter du jour au lendemain et il faut alors rebondir très vite. ll faut savoir penser à soi et assurer sa vie. Pour moi cela passe par de belles études. A 26 ans, ma formation d’ingénieur en Génie Industriel au sein de la Section Sportive de Haut Niveau de l’INSA de Lyon terminée, il était temps de démarrer ma carrière professionnelle.

J’ai eu l’occasion d’étudier dans les filières sport études de différents pays : en France, au Canada ou en Angleterre. Dans les pays anglo-saxons, le sport de haut niveau est intégré au cursus universitaire. Les joueurs sont incités à faire des études et sont accompagnés. C’est top ! En France, l’Institut National des Sciences Appliquées fait encore cavalier seul dans l’excellence du sport études et l’accompagnement personnalisé des sportifs de haut de niveau.

« Aujourd’hui, vous faites une belle carrière dans l’industrie. Comment êtes-vous passé du spor de haut niveau à des fonctions de cadre dirigeant dans l’industrie ? »

Plus que de reconversion, je parlerais de transition. Et la différence est importante. La filière sport études m’a ouvert les portes vers un bel avenir professionnel. Les sportifs de haut niveau sont très appréciés et recherchés par le monde de l’entreprise. Je n’ai pas eu la carrière sportive de Francois Trinh Duc, un joueur et une personnalité que j’affectionne. J’ai joué en Équipe Nationale Canadienne, et même si le Canada n’est pas la meilleure nation mondiale je suis fier de mon parcours ! 

Dès le début de ma carrière, à la suite d’un stage, j’ai intégré la société Procter&Gamble où mon profil sport études était apprécié. J’ai travaillé une dizaine d’années dans l’un des sites stratégiques du groupe à Amiens. Aujourd’hui, je suis Directeur d’usine aux Emirats pour le groupe FINE, leader dans la région MEA (Middle East Africa). Notre groupe se développe à vitesse grand V dans le secteur du bien être et de la santé. La production de papier et les couches sont une partie clef business. Le groupe se diversifie notamment par l’acquisition de marques de boissons naturelles et bio. A 33 ans, je suis très heureux d’avoir la chance de diriger une équipe internationale de 300 salariés dans la capitale Emirati à Abu Dhabi. D’une certaine manière, c’est un challenge sportif. Mon boss Jan Robben apprécie le sport de haut niveau, l’esprit d’équipe et de compétition. Mon N+2 James Lafferty, le CEO, est aussi coach sportif et a entraîné des équipes nationales en athlétisme aux JO. Aujourd’hui, quand je recrute, j’apprécie moi aussi les profils de sportifs.

Le sport nous forge, nous permet de développer un esprit de communauté et des capacités de résilience en plus du leadership. Des capacités et des valeurs très recherchées par l’entreprise où la remise en question permanente est l’essence même des programmes d’amélioration continue dont j’ai développé l’expertise en industrie.

Les qualités du sportif et du capitaine d’équipe de rugby sont proches de celles du cadre dirigeant d’entreprise :

  • Emmener des individus vers un objectif commun
  • Trouver les clés de l’engagement de chacun 
  • Engager et mener une équipe vers des challenges qui vont monter crescendo
  • Etre capable de se remettre en question  après une défaite pour rebondir plus haut

« Quels conseils donneriez-vous à des sportifs pour préparer leur reconversion  que vous nommez très justement transition ? »

Le principal conseil est de mener sa carrière sportive et ses études de front. Avoir en tête que seuls 10% des meilleurs sportifs des catégories junior auront une très belle carrière de premier plan. Et même pour ceux-là, la carrière est très courte. Il faut donc préparer sa reconversion dès le premier jour pour que la transition se fasse en douceur.

Des organismes de qualité comme We Change Up existent pour accompagner ces reconversions et c’est essentiel.

Préparer sa reconversion dès le premier jour est la meilleure chose ! ANTICIPER !