L’APAP, « Aller vers l’autre c’est notre philosophie… »

Rencontre avec Julien GALLIANO, Directeur de l’APAP, sensible aux enjeux de la reconversion qui a fait le choix après une première carrière dans la banque d’aller vers de nouveaux projets !

« L’APAP est une association implantée à Amiens. Quelles sont vos missions ? L’APAP a une histoire singulière ? »

Julien GALLIANO (JG) : « L’APAP est une association à but non lucratif reconnue d’intérêt général. Nous fonctionnons presque exclusivement grâce à des financements publics, en provenance principalement de l’Etat et du Conseil Départemental de la Somme.

Aujourd’hui, nous sommes organisés autour de 3 champs d’action majeurs :

  • l’action sociale centrée sur la protection de l’enfance et l’accompagnement de publics très fragilisés bénéficiaires du RSA,
  • l’hébergement pour un public très large : des ménages avec enfants, des femmes isolées, victimes de violence, des réfugiés,
  • le développement social local par l’inscription sur les territoires d’espaces « ressources » où sont non seulement accueillis les publics, mais également coordonnées les actions collectives et la participation des habitants.

L’association s’est créée en 1973 pour mettre en œuvre une action de Prévention Spécialisée qui, du quartier Saint-Leu à Amiens, s’est étendue progressivement aux Quartiers Politique de la Ville d’Amiens Nord, d’Etouvie-St-Maurice et, depuis cette année, à Abbeville. Cette action consiste à observer, repérer les jeunes en souffrance ou en passe de basculer dans la délinquance. Nous travaillons alors avec tous le acteurs de l’environnement du jeune : la famille, l’école, les autres associations, les centres culturels.

C’est sur ces bases que s’appuie la culture de l’association : aller vers la personne qui en a besoin. Cette approche nécessite de l’avoir repérée, de bien connaître le territoire, d’être en mesure de lui proposer un panel de solutions : un accompagnement pour bâtir un projet de retour à l’emploi, une solution d’accès au logement, à la scolarité, etc…

Aller vers c’est notre philosophie. Par exemple, en matière d’hébergement, nous travaillons exclusivement sur des solutions de logement externe. Quand nous accompagnons notre public vers une solution de logement, nous recherchons avant tout une solution qui corresponde à la personne. L’APAP devient locataire du logement puis le bail glisse au nom de la personne. On n’impose pas et on accepte parfois les échecs, les ruptures de parcours. Le logement est la première étape. Après seulement,  on trouve une solution pour permettre à la personne de se projeter.

Toutes nos actions d’accompagnement sont menées en première intention par un-e Travailleur-se Social-e. Educateur spécialisé ou Assistante Sociale. Les besoins évoluant, nous allons chercher les compétences nécessaires chez nos partenaires ou diversifions progressivement nos profils : vers la pluridisciplinarité. »

«  Vous avez aussi un parcours singulier et fait le choix d’une reconversion. Racontez nous. »

JG : « L’association a été créée en 1973 avec pour singularité d’avoir fonctionné jusqu’en 2017 en autogestion, sans Directeur, sans cadres. Collectivement, en 2012 l’équipe avait décidé de réinterroger l’organisation et acté la décision de se structurer et de recruter un Directeur. A cette époque, l’association était menacée, ses financeurs l’enjoignaient de se restructurer sous peine de ne plus financer certaines actions. La culture de l’association est marquée par un fort héritage militant. Les 4 fondateurs étaient des Educateurs spécialisés. Le bureau de l’association a pris le « risque » de recruter un Directeur avec un profil aytpique, une personne qui n’était pas issue du secteur ou des parcours de formation classique. Les enjeux étaient importants : préserver l’autonomie de l’association et éviter une fusion/absorption.  Le bureau recherchait une personne capable de redresser la situation financière et d’accompagner le changement d’organisation pour répondre aux normes imposées par nos partenaires financiers historiques (Etat, Conseil Départemental).

J’avais été le banquier de l’association. J’avais fait part de mon intérêt pour cette association. Sa diversité, son modèle d’organisation me plaisaient. J’ai été recruté comme Directeur. Je venais juste d’achever un parcours de formation en Master II Management des associations à Paris. 

A mon arrivée, je me suis attaché à rétablir l’équilibre financier et à structurer l’organisation pour sauvegarder l’autonomie de l’association.

J’ai donc commencé par poser un cadre de travail en réinterrogeant les procédures, les règles et les organisations. L’une des étapes fondamentales à consister à la mise en place d’un Comité de Direction. Il m’a fallu près de 3 ans pour y arriver. La dernière étape est en cours avec le recrutement imminent d’un cadre administratif et financier. La majorité des équipes ont soutenu la nouvelle organisation car la pratique de l’autogestion à plus de 50 collaborateurs avait clairement montré ses limites. Le climat social a parfois été tendu mais nous avons toujours su maintenir un dialogue constructif pour avancer. Le Comité Social et Economique est un partenaire essentiel de la Direction, à côté du CODIR et de la Gouvernance associative (Bureau et Conseil d’Administration).»

« Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur votre reconversion ? »

JG : « Ma reconversion managériale dans un poste de Direction d’association m’a demandé un très gros investissement personnel. A mon arrivée, je n’avais pas mesuré la charge de travail. C’est une reconversion prenante mais épanouissante ! Aujourd’hui, presque 4 ans après mon arrivée, l’équilibre financier est rétabli. Notre situation nous permet d’envisager de nouveaux projets novateurs avec sérénité notamment des projets immobiliers pour nos bénéficiaires. 

La vraie difficulté a résidé dans ma capacité à m’entourer. Tout poste de direction est synonyme d’isolement, mais dans le secteur associatif et social, c’est parfois très dur de se sentir « loin du terrain, de l’action » pour lesquels on se bat pourtant d’arrache-pied. Aujourd’hui, le collectif du CODIR (3 cheffes de service éducatif et une assistante de direction) est primordial. Pour avancer, mais aussi pour s’appuyer mutuellement, réciproquement. Ne pas être seul. 

C’est l’un des principaux éléments de fierté et de rassurance, avec la confiance retrouvée de nos principaux financeurs  (Etat, Conseil Départemental mais aussi Conseil Régional et Métropoles amiénoise et abbevilloise) qui nous sollicitent et sont très satisfaits de nos actions. Nous avons signé dernièrement un contrat d’engagement sur 5 ans avec le Département de la Somme (CPOM). Le Budget global de l’association a progressé et les effectifs éducatifs ont augmenté de plus de 30% en 3 ans. Nous sommes en pleine phase développement : nous allons doubler notre capacité d’hébergement. Nous hébergeons aujourd’hui près de 80 ménages, et bientôt une centaine. Nous renforçons encore nos équipes et recrutons régulièrement des Travailleurs Sociaux.

« Vous êtes confronté à une transformation des vos métiers et donc à des problématiques de reconversion interne.  Quelles solutions vous envisagez ? »

JG : « Les équipes de l’APAP ont toujours été reconnues pour leur professionnalisme et  leur expertise par nos partenaires. Il fallait que nous acceptions de réformer notre organisation pour répondre à de nouveaux standards de pilotage de l’activité. C’est ce changement qu’il m’a fallu conduire. 

J’ai aussi souhaité  professionnaliser la gestion des ressources humaines. Nous avons créé un poste mutualisé avec une autre association. Jusque là, le mangement des RH était inexistant alors que nous sommes confrontés à des problématiques de transformation de nos métiers. Toutefois, l’objectif n’est pas encore atteint. Une vraie stratégie RH doit désormais être conçue et mise en musique pour, premièrement, assoir le développement de l’association en développant le « bien vivre et travailler ensemble » et, aussi, enrichir notre « marque employeur » qui nous fait encore défaut lors des campagnes de recrutement. Un challenge difficile mais sans doute déterminant dans un secteur où, comme l’hôpital dont on a beaucoup parlé ces derniers mois, le quotidien des travailleurs sociaux n’est pas du tout valorisé à la juste mesure de leurs investissements individuels et collectifs.

D’autre part, il arrive qu’une action ne soit plus financée. Il faut alors envisager un accompagnement vers un nouveau métier/service et surtout innover pour développer de nouveaux projets et aller chercher des financements. A cette fin, nous avons créé en interne un pôle ressources et innovations pour réfléchir ensemble, créer de nouveaux concepts, bâtir de nouveaux projets autour de thématiques identifiées : santé, culture, hébergement, transition écologique. Nous y consacrons environ 5% de notre temps. Le pôle est aujourd’hui animée par une collaboratrice en interne et permet aux membres de l’équipe d’être acteurs de leur reconversion. »

« L’intérêt de l’engagement avec We Change Up ? »

JG : « Nous réfléchissons à structurer une politique RSE sur des actions liées au développement durable et à l’engagement citoyen. We Change Up nous offre l’opportunité de nous engager positivement pour aider des personnes en reconversion. Un engagement très en phase avec notre métier.

Et nous souffrons d’un déficit de notoriété sur le territoire et au-delà. Je suis donc à la recherche de solutions pour nous faire connaître du grand public et des décideurs nos actions en matière d’accompagnement socio-éducatif sur le territoire. Notre intérêt est de rencontrer des personnes pour nous ouvrir à d’autres profils, nous faire connaître en offrant à mes équipes l’opportunité de devenir ambassadeur de leur métier et de parler de l’action de l’APAP avec des personnes en reconversion intéressées par nos métiers, notre action.  J’ai décidé de nommer plusieurs ambassadeurs, à commencer par les cheffes de services engagées elles-mêmes dans des parcours de renforcement des compétences managériales.

Et parler de son métier avec une personne intéressée, c’est l’occasion de s’ouvrir, de relire son expérience professionnelle et de prendre conscience de sa valeur. »

Merci à toute l’équipe de l’APAP pour votre engagement avec We Change Up pour aider les personnes en reconversion.

Et si changer de métier devenait plus simple ! 🙌✨✨