Fanny-Estelle POSVITE, Championne de Judo en route pour les JO 2021 anticipe déjà l’après sport…!

Fanny-Estelle, un palmarès sportif déjà impressionnant. Médaillée  d’Argent par équipes au championnat européen en 2013 a seulement 21 ans ! Championne de France (catégorie moins de 70 kg), 3ème au championnat du Monde, 3ème au championnat d’Europe, remplaçante aux JO de 2016. Et en compétition  pour  les JO 2021 !

Marie-Pierre CRUBLET, Fondatrice de We Change Up  : « Comment vous réussissez à mener une carrière sportive au plus haut niveau et un parcours d’études avec la volonté d’intégrer l’entreprise ? » 

Fanny-Estelle POSVITE : « Mon frère pratiquait le judo. Alors avec ma sœur, nous avons fini par avoir envie de monter sur le tatami. Je commence donc  le Judo vers l’âge de 4,5 ans. En même temps, je pratiquais la danse classique et la natation en club. Très vite, j’ai commencé les compétitions en club. Je performais dans les 2 disciplines natation et judo. Je manquais de temps pour la danse classique, j’ai donc décidé d’arrêter.   Et j’ai finalement choisi le judo car la pratique de la natation était trop monotone pour moi. Et le rythme des entraînements quotidiens était incompatible avec l’école. 

Du Pôle Espoir de Limoges, j’intègre le Pôle France à Orléans….En parallèle, je poursuis mes études, j’obtiens mon BAC. Mes parents m’ont soutenu dans mon projet sportif mais ils m’ont aussi poussé à faire des études ….car une carrière en Haut Niveau est toujours incertaine… Il y a beaucoup de compétiteurs, peu d’élus et le risque de blessure ne peut jamais être écarté. »

MPC : « Comment décidez-vous de vous orienter vers les métiers des ressources humaines ? »

FEP : « Après le BAC, j’intègre l’INSEP….J’avais envie de travailler dans les métiers des ressources humaines.  Quand j’étais enfant, je voulais être médecin. Je suis très tournée vers les autres. J’aime aider, écouter, observer. Mais, faire des études de médecine et performer dans le sport de haut niveau, c’était compliqué. Je me suis alors tournée ver l’entreprise et je me suis rendue compte que les Hommes avaient une place importante, qu’il fallait les accompagner pour performer. J’ai donc choisi de faire des études dans le domaine des RH pour servir les Hommes, pour qu’ils s’épanouissent.

Et un élément essentiel, j’ai eu la chance de confirmer mon projet en allant découvrir les métiers des Ressources Humaines dans l’entreprise grâce à mon sponsor le PMU. J’ai la chance de bénéficier d’un contrat d’image ! Le PMU m’a accueilli dans ses équipes en immersion avec l’équipe RH.  Cette immersion a conforté choix. J’avais cette idée en tête mais je connaissais pas vraiment la réalité de ces métiers…Le contact avec l’entreprise m’a permis très tôt de valider mon choix d’études.

A l’INSEP, les formations aménagées sont limitées. J’ai fait le choix de m’inscrire en DUT GEA avec un parcours à distance et des horaires aménagés sur 3 ans. C’est une classe spéciale qui réunit des sportifs de haut niveau et des salariés en reconversion. Le rythme de travail est très soutenu. J’ai plus de 4 heures d’entraînement par jour. 2h d’entraînement le matin, 2 h d’entrainement l’après-midi, il faut trouver du temps et de l’énergie pour les études entre les deux. »

MPC : « Vous poursuivez vos études en préparant des échéances importantes pour concourir aux JO 2021 » ?

FEP : « Mon DUT en poche, j’ai décidé de poursuivre ma formation. En 2019, j’ai commencé une formation de Chargée de gestion des Ressources Humaines. En même temps, je travaille mes prochaines échéances sportives : les compétition pour décrocher ma sélection aux JO en 2021. Nous sommes encore 3 en compétition. Je viens de changer de catégorie, le suis la 3ème mondiale de ma catégorie, la sélection est à portée de main. Je travaille dur concentrée sur mon objectif. Et je prépare les championnats d’Europe programmés en novembre 2020. En même temps, je travaille pour mon club sur des missions RH, je fais le lien avec les athlètes. Je suis dans un contexte professionnel.»

MPC : « Selon vous, quelles sont les compétences, les soft skills développés dans le sport et utile dans l’entreprise ? »

FEP : « Des choses qui sont ancrées en nous.  Nous avons l’habitude de nous entraîner durement. Je ne baisse jamais les bras, je ne lâche rien, je fais tout pour atteindre mes objectifs sportifs. Je n’ai pas peur d’aller à la bagarre pour gagner. Le sport de haut niveau c’est aussi de la ténacité, de la persévérance, de l’acharnement au travail.

Dans une entreprise, les salariés n’ont pas l’habitude de cotoyer des sportifs de haut niveau. Nous sommes capables de cultiver de bonnes relations. Nous savons gérer l’atteinte de nos objectifs : être focus sur le travail en gérant les périodes de stress. 

Je ne sais pas comment l’exprimer…Le sport de haut niveau c’est aussi du stress intense. Du stress avant le combat, un stress très intense pendant le combat. Je ne ressens jamais aussi intensément le stress que pendant les compétitions. J’ai appris à le gérer,  à prendre du recul. Nous sommes habitués à nous préparer pour être au top le jour J ! Nous savons nous organiser pour atteindre nos objectifs. En fait, j’agis, je crée sous stress. Le stress ne me fige pas. Je suis capable d’aller chercher toutes mes ressources dans une situation extrême.

Dans le sport, il a beaucoup de concurrence.  De l’extérieur, le judo peut être vu comme un sport individuel…Mais nous nous entraînons toujours à plusieurs. Nous apprenons à travailler à plusieurs pour performer individuellement. L’entraide est perpétuelle.

MPC : « Quels conseils donneriez-vous aux sportifs qui doivent préparer l’après ? »

FEP : « Il faut travailler, ne pas lâcher les études même quand  on commence à performer et à intégrer des structures comme les Pôles Espoirs. Ne jamais oublier qu’une carrière sportive peut être longue mais aussi très courte. Il faut se donner des chances des 2 côtés. Avoir le BAC, c’est la base ! Il faut avoir cette lucidité. Le double projet est important. Les études sont parfois un échappatoire. Car une carrière de Sportif de Haut Niveau est faite de haut et de bas…Quand les performances sportives ne sont pas au rendez-vous, on peut aller chercher des succès dans les études. Au delà d’un juste équilibre, c’est aussi un moyen de créer un cercle vertueux et de se renforcer ! Poursuivre ses études, c’est aussi s’ouvrir à d’autres cultures. Il ne faut pas oublier que beaucoup de grands champions se sont retrouvés à faire un métier qui ne leur plaisait pas car il fallait gagner de l’argent. »

Merci Fanny-Estelle pour ce témoignage authentique !