Dimitri JOZWICKI, Sprinteur handisport : « Mon handicap, une opportunité pour aller plus haut et réaliser mes rêves ! »

Dimitri, vous dites que vous ne vous êtes jamais mis de barrière ?

Depuis l’enfance, j’ai toujours fait beaucoup de sport avec mon frère jumeau. Nous avons joué très longtemps au rugby. En 2007, la découverte de ma maladie me contraint à arrêter le rugby. Je suis atteint d’une tétraparésie. C’est une infirmité motrice cérébrale qui entraîne une paralysie légère des 4 membres avec une diminution de la force musculaire. Concrètement, cela se manifeste par une plus grande fatigue musculaire, des problèmes de coordination et de la crispation.

Avec mon frère valide, comme nous étions rapides, nous décidons de nous lancer dans l’athlétisme et la course de vitesse. J’assume mon handicap, je ne me suis jamais mis de barrière. Je donne toujours ce que je peux, je passe au-dessus de ma condition.  A tel point que j’ignorais totalement que le milieu handisport m’était ouvert. Je l’ai découvert par hasard.Le sport de haut niveau en catégorie handisport m’est tombé dessus ! C’est un entraîneur kinésithérapeute  qui m’a parlé la première fois des catégories handisport. Mon frère jumeau valide n’a pas pu me suivre, le niveau chez les valides était trop élevé. Finalement, mon handicap, c’est « une opportunité pour aller plus haut » ! Je l’assume, je l’ai intériorisé. Je ne me suis jamais mis de barrière. Je donne toujours ce que je peux, je passe au-dessus de ma condition. Je suis un optimiste de nature. J’ai un mantra, une citation de Gandhi « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » 👐

A seulement 23 ans, champion du 100m,  votre palmarès dans la course reine est brillant ! 

6 fois Champion de France, 3 fois médaillés d’argent et 2 fois de bronze sur le 60, 100 et 200 mètres. A seulement 20 ans, vos résultats vous assurent une première sélection en équipe de France handisport aux championnats du monde de Londres en 2017.  En 2019, vous terminez 6ème de la finale du 100 m aux championnats du monde de Dubaï avec un nouveau record à la clé de 11 secondes 45. Avant la crise du covid 19, je me préparais pour mes prochaines courses aux paralympiades de Tokyo en  septembre 2020. La compétition est reportée en 2021. Mais je continue à m’entraîner au même rythme. Je m’entraîne dans la rue en bas de mon immeuble : une belle ligne droite de plus de 150 mètres ! Je fais des sprints de 100m. Les conditions ne sont pas idéales mais la motivation est intacte. Et je prends du temps pour prendre des nouvelles de ma famille dans l’Est. 

Et votre rêve de devenir ergothérapeute ?

Oui, très tôt j’ai investi dans ma carrière professionnelle. Il n’est pas simple de vivre du sport de haut niveau. Et j’ai toujours voulu être ergothérapeute. J’ai bénéficié pendant plus de 10 ans de l’ergothérapie. J’avais vraiment envie de remercier cette profession et de faire partie du sérail pour à mon tour prendre soin des autres.  En 2015, je m’inscris en 1ère année de médecine, la voie pour intégrer ensuite une école d’ergothérapie. J’étais confiant, j’ai beaucoup travaillé. J’ai mis le sport en stand by pour me concentrer sur mes études. Bien sûr, cela m’a coûté des podiums. J’ai fait des sacrifices mais je voyais plus loin que ma carrière sportive. Au fond de moi, je savais que j’allais réussir. C’était mon rêve, ma place. Je suis diplômé en ergothérapie depuis juin 2019. Et une fois encore, je retrouve une complicitéprofessionnelle avec mon frère jumeau. Il avait choisi une filière management et économie. Quand il a découvert le handisport, il décide de devenir guide handisport pour les déficients visuels. Une révélation ! Il a repris ses études à zéro, le parcours n’a pas été simple. Il s’est battu pour réintégrer une première année en STAPS. Aujourd’hui, il est enseignant activité physique adaptée (APA) et enchaîne un master. Nos métiers sont complémentaires. Nous sommes tous les 2 des professionnels de santé tournés vers nos patients. La vie est faite de rencontres. L’entraîneur qui m’a propulsé vers le handisport est aussi un professionnel de santé. Nous travaillerons peut être ensemble au service des sportifs. J’ai envie de garder un lien avec le sport car je suis un amoureux du sport. Aujourd’hui, je suis fier d’avoir les cartes de mon avenir entre les mains.

Vous avez à coeur de faire évoluer le regard sur le handicap, de contribuer à développer l’inclusion, de partager des valeurs humaines. Vous pouvez nous parler de vos actions ?      

J’interviens  dans les écoles. Je suis toujours très bien accueilli. J’adore les échanges avec les enfants. Il n’y pas de tabous. C’est une mission pour moi de leur faire découvrir le handicap pour faire évoluer les regards, changer les mentalités. L’occasion d’appliquer mon mantra !  Il faut que les enfants sachent comment vit une personne en situation de handicap. Ces interventions m’apportent beaucoup. Elles me donnent de l’énergie. 

Les premières questions des enfants portent souvent sur le salaire. Ils ont en tête le modèle des stars du football. C’est l’occasion de leur dire que dans le sport, la sélection est rude sur les performances sportives mais aussi sur le dossier scolaire, le comportement. Il faut donc travailler avec acharnement !  Ils me posent aussi beaucoup de questions sur le dépassement de soi, sur la douleur des entraînements…Ils ont des clichés sur le handicap. J’utilise avec eux des lunettes d’immersion pour simuler le handicap visuel, ou encore des poids à attacher aux chevilles et aux bras pour simuler le mien. Ils peuvent alors ressentir l’impact du handicap sur le corps, les mouvements. Au-delà de la sensibilisation au handicap, c’est aussi l’occasion de transmettre des valeurs humaines et sportives : respect de l’autre, engagement, goût de l’effort, ouverture, partage…

J’interviens aussi dans des établissements classés en zone d’éducation prioritaire. Le message que j’essaie de faire passer aux jeunes est que tout est possible avec du travail, de l’engagement. Nous ne naissons pas tous égaux mais je sais que nous pouvons tous nous créer des opportunités en s’appuyant sur nos rêves, nos aspirations. Je leur explique que je dois mes réussites à mon travail, ma détermination. Je ne suis pas né dans un milieu dit « favorisé ». Je m’en suis sorti grâce aux soutiens de ma famille et du corps médical. On ne m’a rien donné ! 

Je suis arrivé tardivement dans le sport de haut niveau. Et, je le vis comme une chance. J’ai adapté ma carrière professionnelle au sport. Les sportifs de haut niveau commencent très jeunes. Il est tentant de délaisser les études pour se concentrer sur les objectifs sportifs, se laisser happer par les sollicitations de tous ordres. Il ne faut pas oublier qu’une blessure peut tout remettre en question. L’année dernière, j’ai été blessé (une fracture au pied). J’ai beaucoup appris sur moi pendant cette période. Je sais que le travail et la détermination paient toujours !

Et que diriez-vous à un sportif de haut niveau qui doit envisager l’après ?

Ce que je dirais : 

Anticiper sa fin de carrière,

Ecouter ses rêves,

Ne pas se dire que tout est fini : la fin de carrière n’est pas une fin en soi. C’est une continuité !

Ne pas se dévaloriser« les sportifs ont des qualités personnelles qu’ils ignorent car elles sont la norme dans leur discipline. On les a assimilé, elles font partie de nous. »

S’appuyer sur nos compétences humaines, nos soft skills ce que j’appelle nos qualités « signature » : le partage, le respect de l’autre, l’ouverture, la détermination, la résilience, la dépassement de soi et la connaissance de soi !

Merci Dimitri d’avoir accepté de partager avec beaucoup d’authenticité votre cheminement vers votre accomplissement sportif et professionnel ! 

Nous retenons :

📍écouter ses rêves,

📍s’appuyer sur ses valeurs humaines,

📍détermination et travail ! ✨🌈

Et votre mantra « Soyez le changement que vous soulez voir dans le Monde. » Gandhi 🌟