Clémentine CHASTEL, championne de Karaté nous raconte sa reconversion dans des fonctions commerciales.

Laurent AIMON, Dirigeant du Groupe ADVISIA RH et Associé chez WE CHANGE UP est allé à la rencontre de Clémentine, championne de Karaté au très beau palmarès, ancienne Membre du top classement Français, 11 fois Championne de France (individuel-équipe-fédéral et universitaire), 3e au Championnat d’Europe, 3e à la Coupe du Monde, pour comprendre comment dans une discipline moins médiatique, les Athlètes concilient un engagement sportif total et suivi d’études et, comment la reconversion doit être anticipée … 

LA : « Clémentine, vous vous présentez » ?  

CC : « J’ai 30 ans, je suis originaire de Loire-Atlantique, de La Baule. J’ai commencé le Karaté à 4 ans, c’était « un sport de famille ». Au début, mon père m’a un peu poussée. J’ai vite accroché et finalement, j’y suis restée 20 ans ».  

LA : « A quel âge les choses deviennent sérieuses » ?

CC : « A 5-6 ans, je démarre les premières compétitions mais ça reste encore un jeu.  A 9-10 ans, on commence à être dans des vrais combats, cela devient plus sérieux ». 

LA : « A quel âge avez-vous dû faire le premier vrai choix » ? 

CC : « Très vite. A 12 ans, on m’a proposé de rentrer en Sport Etudes. Mais je ne me sentais pas mûre pour franchir le pas. J’ai attendu d’avoir 15 ans et d’entrer au lycée pour y aller. Ça voulait dire quitter ma famille, ma région. Mais, je commençais à avoir une grosse ambition. Je voulais être la meilleure en France, en Europe, dans le Monde et même dans l’Univers ! (Rire). Je suis donc partie à Bordeaux, en Sport-Etudes (Pôle Espoir), puis à Paris au Pôle France ».

LA : « On peut gagner sa vie dans le Karaté  » ?

CC : « Dans le Karaté, on ne gagne pas sa vie. A mon époque, ce n’était pas un sport olympique. La visibilité  était donc quasi nulle. Aujourd’hui, la situaiton évolue. Le Karaté est devenu une discipline « temporairement » olympique (pour 2021). Cette reconnaissance peut offrir d’opportunités.  

A mon époque, c’était un sport de passion.  Mon engagement était total mais je devais réfléchir à une alternative. J’avais la chance qu’à l’école, ça se passait très bien.  J’ai obtenu mon Bac. La Fédération Française de Karaté m’a soutenue. On m’a proposé plusieurs choses : rentrer à l’INSEP et suivre des cours dans le Paramédical pour devenir Kiné ou rejoindre l’Ecole de Commerce LEONARD DE VINCI financée intégralement par la Fédération avec des aménagements d’horaires. 

En 2008, j’ai fait le choix de rejoindre cette école avec des cycles adaptés, Licence en 4 ans au lieu de 3 ans et diplôme d’Ecole de Commerce en 6 ans au lieu de 5. J’en sors diplômée en  2014. Et, c’est sur cette période que j’ai construit mon palmarès et mes plus belles performances sportives (Championnat d’Europe en 2009 et Coupe du Monde en 2011) ».

LA : « J’ai lu que vous aviez arrêté votre carrière en 2015 alors que vous étiez au sommet. Pourquoi » ? 

CC : « J’ai eu une mauvaise blessure au genou. C’était un moment dans mon cursus Ecole de Commerce où je devais partir 6 mois à l’étranger… Une vraie période de doute ! J’ai finalement fait le choix de partir pour un semestre d’études aux USA. A mon retour, j’ai pris la décision d’arrêter. Je valide mon diplôme. Mais je m’aperçois que je n’avais pas réellement anticipé ce que j’allais faire après. 2015 est le trou noir. C’est même un peu la dépression. Certes j’ai mon diplôme mais je suis blessée je n’ai plus d’objectifs (plus de cours, plus de compétition…). J’étais au fond du gouffre. Des amis m’ont conseillé de partir faire autre chose. Je suis embauchée au Club Med comme Animatrice pour des enfants. Très loin du Karaté et de mon parcours d’études ! Durant plus de 2 ans,  je parcours le Monde comme Animatrice.  Puis le Club Med me propose de devenir Agent de Voyages ; un métier plus en lien avec le Commerce.  Et, mon esprit de sportive s’est réveillé. J’ai voulu devenir la meilleure Vendeuse. Je me suis défoncée pour superformer. J’ai vécu ça comme un challenge ».

LA : « Concrètement, surperformer, ça veut dire quoi » ? 

CC : « En 6 mois j’intègre le top 10 des meilleurs Vendeurs du Club Med sur 200. Et je suis numéro 1 dans ma Région.  J’ai vécu cette fonction comme un challenge avec une envie de me dépasser. Mais au bout d’un an et demi, je commençais à m’ennuyer. Le Club Med, une entreprise qui accompagner et sait faire progresser ses équipes, m’a proposé une opportunité au Siège. Je deviens Responsable Développement Commercial d’une zone. C’est le poste que j’occupe aujourd’hui… Je m’éclate. Finalement, avec le recul, ces 4 années entre 2015 et 2019 auront été pour moi un sas pour couper avec le monde du sport, faire le deuil et démarrer ma nouvelle vie. Aujourd’hui,  j’ai  trouvé ma place dans une belle entreprise. Je commence à mesurer que tout ce que j’ai appris dans le sport de haut niveau  m’accompagne tous les jours et constitue un vrai levier. Je me sens bien dans ma posture professionnelle et heureuse dans cette nouvelle vie ». 

LA : « Clémentine, si vous aviez vous des conseils à donner aux jeunes sportifs ou à ceux qui sont en pleine carrière… » ? 

CC : « Tout vivre à fond, prendre tout ce qu’il y a à prendre tout le temps. En fait, quand on est dans le sport en haut niveau, on a la tête dedans. On ne se rend pas compte de tout ce que le sport apporte et apportera dans la vraie vie (valeurs, sens de l’effort, engagement…). Il faut apprendre à identifier les forces sur lesquelles on pourra capitaliser ensuite. 

Je constate qu’il y a une passerelle naturelle entre le monde du sport et le commerce. C’est sans doute une des voies privilégiées à étudier. On y retrouve la performance, le dépassement de soi, la compétition, l’envie de faire plus. Dans le sport, on a l’habitude tous les jours de se remettre en question, d’accepter les échecs, de se relever tous les matins avec l’envie de gagner.

De ce beau parcours, nous retenons quelques points de repères tant pour les sportifs que pour les personnes en reconversion :

  • Apprendre à se connaître, identifier ses atouts, sa valeur ajoutée, 
  • S’appuyer sur ses soft skills pour s’épanouir professionnellement, 
  • Des passerelles existent entre le sport de haut niveau et des fonctions commerciales,
  • L’importance de mener des études en parallèle pour développer sa valeur ajoutée.

Quelque soit la discipline,  les sportifs s’appuient sur des soft skills ou qualités humaines exceptionnelles. Que l’on soit Karatéka, Judoka, Footballeurs, Nageurs, Hockeyeurs, Rugbyman, Sprinter… le goût de la compétition, le sens de l’effort, de la performance, le besoin de se dépasser sont autant de qualités très recherchées en entreprise.

Un grand merci à Clémentine CHASTEL pour ce partage authentique et sincère.